Causeries-catéchèse
LE LAVEMENT
DES PIEDS ET L'EUCHARISTIE
Saint Jean ne parle pas de l'institution de l'eucharistie
au dernier repas, mais seulement du lavement des pieds. Cela peut paraître étonnant
vu l'importance accordée par Jean au discours après la
multiplication des pains, sur le pain de vie et sur le Corps et le
Sang de Jésus. Il y a cependant une réelle unité entre
ces deux gestes. Ils sont complémentaires; on ne peut les comprendre
séparément. L'institution de l'eucharistie et le lavement
des pieds s'appellent l'un et l'autre. L'un sans l'autre amène
une déviation par rapport à la vision de Jésus.
Après l'institution de l'eucharistie, Jésus
dit : « Faites ceci en mémoire de moi. » Après
le lavement des pieds, il dit : « C'est un exemple
que je vous donne pour que vous fassiez, vous aussi, ce que moi j'ai
fait pour vous. » Ces gestes doivent tous les deux demeurer
au cœur de l'Église à travers les siècles.
Ce sont les deux derniers gestes de Jésus avant
sa mort. Après quelques paroles intimes adressées aux
disciples, il part pour le jardin des Oliviers où il va agonisé et être
arrêté. Les soldats l'amèneront au grand prêtre.
L'après-midi de ce même jour, il sera mort. Ces deux gestes
semblent constituer son dernier testament .
Ces deux gestes autour du corps, le sien et celui des
Apôtres, sont des gestes de communion. Jésus ne donne
pas quelque chose, ni même un enseignement; il se donne.
À travers ces gestes, Jésus révèle
une immense tendresse. Il veut être avec ses disciples; il les
aime; il veut vivre en eux. Il ne veut pas les dominer. Au contraire,
il se fait plus petit qu'eux. Il se laisse manger et prend la place
de l'esclave. Il révèle un Dieu qui se cache dans la
petitesse.
Le lien entre ces deux gestes peut nous aider à comprendre
que, pour se laver les pieds les uns les autres, pour être humble
et aimant comme lui, il faut se nourrir du Corps et du Sang de Jésus
et vivre en communion constante avec lui. Sans cette présence
de Jésus en soi, il est impossible de vivre une telle pauvreté,
une telle petitesse, une telle communion avec nos frères et
nos sœurs.
L'ouverture
de ce chapitre est très solennel :
Avant la fête
de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer
de ce monde vers le Père ayant aimé les
siens qui étaient
dans le monde, les aima jusqu'au
bout, Au cours d'un
repas, alors que déjà le diable
avait mis au cœur de Judas Iscariote,
fils de Simon, le dessein
de le livrer, sachant que
le Père lui avait tout remis
entre les mains et qu'il était
venu de Dieu et qu'il s'en
allait vers Dieu, il se lève
de table, dépose
ses vêtements, et prenant
un linge, il s'en ceignit. (Jean
13, 1-4)
Ces paroles sont impressionnantes : malgré sa
toute puissance, son origine divine et son retour vers Dieu, Jésus
se lève de table et dépose ses vêtements. Puis,
il se met à genoux devant chacun des disciples pour leur laver
les pieds, dans une attitude d'humilité et de soumission, de
supplication et de faiblesse : à genoux, on ne peut pas
se défendre, on ne peut plus bouger.
Jean Baptiste avait affirmé qu'il n'était
pas digne de se mettre à genoux devant Jésus pour délier
la courroie de ses sandales (Marc 1, 17). Et voilà maintenant
Jésus qui se met à genoux devant ses disciples!
Les premiers chrétiens chantaient le mystère
du dépouillement du Verbe de Dieu, de Jésus et de sa
descente dans la faiblesse. Saint Paul, dans sa lettre aux Philippiens,
reprend ce chant :
Lui, de condition
divine, Ne retint
pas jalousement Le rang qui
l'égalait à Dieu. Mais il s'anéantit
lui-même, Prenant condition
d'esclave, et devenant
semblable aux hommes. S'étant
comporté comme un homme, Il s'humilia
plus encore, Obéissant
jusqu'à la mort, Et à la
mort sur une croix! (Philippiens
2, 6-8)
Nous sommes en face d'un Dieu qui se fait petit et pauvre,
qui descend l'Échelle de la promotion humaine, qui prend la
dernière place, la place de l'enfant ou de l'esclave. Dans la
culture juive, c'était habituellement l'esclave qui lavait les
pieds de son maître; parfois, l'épouse ou l'enfant lavait
les pieds du père de famille.
Jésus
dépose ses vêtements
Jésus lave les pieds de ses disciples, non pas
avant le repas, ce qui aurait pu être une coutume de purification
juive, mais au cours du repas, ce qui est totalement inhabituel. On
peut imaginer la surprise des disciples voyant Jésus se lever
et ôter ses vêtements au milieu d'un repas solennel, le
repas de la Pâque. Ils ont dû se regarder, étonnés,
de demandant : « Qu'est-ce qu'il fait là? »
Dans le Nouveau Testament, on parle des vêtements
et de la tunique. Les vêtements désignent la robe extérieure;
la tunique est une sorte de vêtement de dessous, une tenue d'intérieure,
de familiarité. Elle semble avoir été une longue
et légère chemisette qui descendait aux genoux (et parfois
aux chevilles). Les Juifs la portaient chez eux, dans l'intimité de
la famille et des proches. Ils mettaient la robe ou le vêtement
extérieur quand ils sortaient ou pour recevoir des invités.
Les esclaves n'avaient pas de robe; certains portaient la tunique.
Dans le récit
de la passion, saint Jean note :
Lorsque les
soldats eurent crucifié Jésus, Ils prirent
ses vêtements et firent quatre Parts, une
part pour chaque soldats, et la Tunique. Or
la tunique était sans couture, Tissée
d'une seule pièce à partir du Haut; Ils se dirent
donc entre eux : « Ne le Déchirons
pas, mais tirons au sort qui L'aura. »
(Jean
19, 23-24)
Il semble donc que les soldats déchirèrent
les vêtements (robe extérieure) pour en faire des chiffons,
mais la tunique était trop belle pour cela. Elle était
tissée d'une seule pièce, en lin ou en coton. Les tuniques étaient
généralement tissées dans la famille par les femmes;
celle de Jésus l'avait sans doute été par Marie,
sa mère.
Au moment du lavement des pieds, Jésus retira
donc le vêtement extérieur, qui était celui d'un
pauvre. Jésus était de Nazareth, un village de pauvres,
et sa mission était d'annoncer une bonne nouvelle aux pauvres,
de vivre et de manger avec eux. Il avait dit aux Douze en les envoyant
en mission de partir sans rien apporter, pas même une tunique
de rechange (Luc 9, 1-6). Jésus leur a sûrement donné un
exemple de pauvreté pour être plus proche des pauvres.
Il a même dû parfois coucher dehors avec ses disciples,
utilisant le vêtement extérieur en guise de couverture,
ce qui était normal pour les pauvres en Israël à cette époque.
Les vêtement extérieurs manifestent une
fonction : un soldat, un maire, un médecin, un juge, un
sportif, un prêtre, portent des vêtements de fonction.
Ces vêtements expriment une certaine identité, dignité et
autorité. De même, les vêtements nationaux ou ethniques.
Certes, Jésus a retiré sa robe pour faciliter le lavement
des pieds de ses disciples. Il était alors habillé de
la tunique qui était aussi un vêtement de travail. Mais
il y a, semble-t-il, une raison plus profonde et plus intérieure à ce
geste. D'ailleurs, saint Jean l'indique par sa façon d'écrire,
qui à la fois révèle et cache le mystère.
Les mots qu'il utilise, « il déposa ses vêtements » et « il
reprit ses vêtements », sont les mêmes que Jésus
utilise pour dire qu'il donne (dépose) sa vie et la reprend
(Jean 10, 11. 17-18). Déposer ses vêtements a donc ici
le sens de donner sa vie.
En ôtant ses vêtements, Jésus se
situe en dehors d'une fonction et de tout statut social. Certes, il
est maître et prophète. Il possède une autorité et
un pouvoir, mais il veut se manifester aux disciples comme une personne
et seulement comme une personne, sans rang social, sans fonction déterminée.
Avant d'être le Maître et le Seigneur, il est un cœur qui
veut rencontrer des cœurs, un ami qui veut rencontrer des amis, une
personne aimante qui désire vivre dans le cœur de ses amis.
Dans ce domaine du cœur, tous les hommes et toutes les
femmes sont semblables. Il n'y a plus de hiérarchie visible
signifiée par des vêtements. À la fin de notre vie, nous serons jugés
selon notre cœur, pas selon nos vêtements ou les masques imposés
par la société, ni selon nos peurs; nous serons jugés
sur ce que nous sommes et non d'après nos fonctions. Jésus,
sans vêtement de dessus, rappelle avec force que ce qui est important,
ce n'est pas le vêtement, mais le cœur.
Plus tard, cette même nuit et le lendemain, d'autres
retireront à Jésus ses vêtements. Il sera flagellé,
exécuté comme un malfaiteur, cloué nu sur une
croix, comme un criminel. On fera de lui un pauvre, un être vulnérable,
un homme souffrant et en larmes. Mais ici, c'est lui-même qui
retire ses vêtements.
On pourrait dire, et cela semble être le sens
des paroles de saint Paul citées plus haut, que par ce geste
Jésus, le Verbe de Dieu, le Fils unique bien-aimé du
Père, cache sa gloire en empruntant une voie d'humilité et
de petitesse. Mais peut-être peut-on dire aussi qu'en ôtant
ses vêtements il est en train de révéler sa vraie
gloire, sa vraie nature, le sens profond de sa personne et les désirs
intimes de son cœur. Dieu est amour et il veut se donner aux êtres
humains, les attirer tous au cœur de l'amour trinitaire.
Jésus, en ôtant ses vêtements extérieurs,
veut signifier qu'il enlève tout ce qui empêche la vraie
communion de passer.
Jésus
lave les pieds de ses disciples
Et prenant
un linge, il s'en ceignit. Puis il met
de l'eau dans un bassin Et il commença À laver
les pieds des disciples Et à les
essuyer Avec le linge
dont il était ceint. (Jean
13, 4-5)
La suite du récit montre qu'il y a de la résistance
du côté des disciples. Pierre réagit et exprime
ce qui est sans doute dans le cœur de chacun. Cette résistance
est peut-être en chacun de nous. Que dirions-nous si Jésus,
le Seigneur et le Maître, apparaissait devant nous et se mettait à laver
notre linge sale ou faire des petits travaux dans la maison? Ne serions
nous pas gênés et choqués? Ne dirions-nous pas : « Non,
Jésus, prenez le beau fauteuil dans le salon et nous allons
vous servir, car c'est vous le Maître! »
Il vient donc à Simon
Pierre qui lui dit : « Seigneur, toi, me laver
les pieds? » Jésus lui répondit : « Ce
que je fais, tu ne le sais pas à présent; par
la suite tu comprendras. » Pierre lui
dit : « Non, tu ne me laveras pas les pieds, jamais! » Jésus
lui répondit : « Si je ne te laver pas,
tu n'as pas de part avec moi. » (Jean 13,
6-8)
Si Jésus prend une place humble et soumise par
rapport à Pierre, néanmoins, il ne perd pas son autorité.
Il parle avec autorité, force et netteté. Cette dernière
phrase dit clairement : « Si je ne te lave pas
les pieds, tu n'es plus mon disciple, mon ami; tu ne peux entrer dans
mon Royaume et avoir part à l'héritage; tout est fini
entre nous; tu n'as qu'à partir.» Se laisser laver les
pieds par Jésus n'est pas facultatif; c'est une condition sine
qua non pour devenir son ami et entrer dans
une nouvelle relation plus intime avec lui.
Alors, Pierre a pris conscience de la gravité et
de la sévérité de la réponse de Jésus;
il a été ébranlé. Il s'est peut-être
souvenu des paroles que Jésus lui avait adressées après
l'avoir nommé « le roc » sur lequel l'Église
sera bâtie. Quand il avait reproché à Jésus
d'annoncer ses souffrances et sa mort, Jésus lui avait alors
répondu : « Passe derrière moi,
Satan! Tu me fais obstacle, car tes pensées ne sont pas celles
de Dieu, mais celles des hommes ». (Matthieu 16, 23). Paroles
terriblement dures, et je dirais urgentes! Pourquoi cette réponse
de Jésus? Cette sévérité cache une vulnérabilité.
Jésus est vulnérable. Accepter la voie de la souffrance,
du don de la vie; accepter de devenir petit, esclave, sans droits humains;
accepter de prendre la dernière place va à l'encontre
des besoins profondément inscrits dans l'être humain de
se manifester tel qu'il est, avec ses capacités, ses qualités
et ses droits. Accepter de renoncer à tous ses droits n'est
pas facile pour Jésus qui demeure un être humain semblable à nous
en toutes choses, sauf le péché. Mais c'est la voie de
l'amour, liée à la souffrance et donnée par le
Père, la voie où il va vivre cette communion totale et
radicale avec le Père et manifester son amour pour ses amis.
Il est urgent que Pierre comprenne.
Devant la force et la sévérité inattendues
de la réponse de Jésus, Pierre se laisse vaincre; Il
s'ouvre à Jésus. Il ne peut comprendre, il est dans la
confusion; mais il ne peut supporter l'idée d'être séparé de
lui. Il s'écrit : «Seigneur, pas seulement les
pieds, mais aussi la main et la tête! » Peut-être
crois-il que Jésus est en train d'instituer un nouveau rite
de purification. Mais Jésus répond en affirmant qu'il
ne s'agit pas de cela : « Qui
s'est baigné n'a pas besoin De se laver,
sinon les pieds; Il est pur
tout entier. Vous aussi,
vous êtes purs, Mais pas tous. » Il connaissait
en effet celui qui le livrait; Voilà pourquoi
il dit : « Vous n'êtes pas tous purs. » (Jean 13,
10-11)
Jésus
demande à ses disciples d'agir de même
Quand il leur
eut lavé les pieds, Qu'il eut
repris ses vêtements Et se fut
remis à table, il leur dit : « Comprenez-vous
ce que je vous ai fait? Vous m'appelez
Maître et Seigneur, Et vous dites
bien, Car je le
suis. Si donc je
vous ai lavé les pieds, Moi le Seigneur
et le Maître, Vous aussi
vous devez vous laver Les pieds
les uns aux autres. Car c'est
un exemple Que je vous
ai donné, Pour que vous
fassiez, vous aussi, Comme moi
j'ai fait pour vous. En vérité,
en vérité, je vous le dis, Le serviteur
n'est pas plus grand Que son maître, Ni L'envoyé plus
grand Que celui
qui l'a envoyé. Sachant cela,
heureux êtes-vous Si vous le
faites. » (Jean 13, 12-17)
Si Jésus lave les pieds de ses disciples, c'est
bien pour signifier son amour pour chacun et pour leur montrer que
l'humilité et le service sont les clés de son message.
Pierre a réagi avec une certaine violence lorsque Jésus
s'est mis à genoux devant lui : « Non,
jamais tu ne me laveras les pieds! »
Jésus insiste : non seulement doit-il leur
laver les pieds mais eux aussi doivent laver les pieds de leurs disciples.
C'est un exemple que Jésus leur donne. Si ce n'est pas facultatif
de se faire laver les pieds par Jésus, ce n'est pas facultatif
non plus pour les Apôtres et les disciples de se laver les pieds
les uns les autres.
Il est à noter que c'est la seule fois dans tout
l'Évangile que Jésus dit : « C'est
un exemple que je vous donne. » En lavant les pieds de ses
disciples, Jésus devient notre modèle. Ailleurs, il nous
demande de nous mettre à son école ou de faire certaines
choses qu'il a faites, mais ici, il insiste sur l'exemple à suivre.
Pour être disciple de jésus, pour avoir part À son Royaume, il faut aller jusque-là;
il faut faire des gestes de folie, apparemment dépourvus de
bon sens, qui vont à l'encontre de toutes les habitudes, traditions
et coutumes de nos cultures.
Certes, Jésus nous demande surtout d'avoir une
attitude intérieure envers les autres. Il ne s'agit pas seulement
de laver les pieds. Ce geste signifie et symbolise l'amour humble et
aimant que nous devons constamment offrir aux autres. Mais si Jésus
insiste sur le fait de laver les pieds, c'est que ce geste de toucher
les pieds d'un autre est très important. Il faut garder le symbole,
car il contient un don et une grâce.
Jésus
annonce une nouvelle béatitude
Après avoir insisté sur le fait que les
Apôtres, eux aussi, doivent laver les pieds des autres, Jésus
déclare que s'ils le font, ils seront bénis, ils seront
heureux : « Sachant cela, heureux êtes-vous
si vous le faites » (Jean 13, 17).
Et voilà, il y a cette béatitude du lavement
des pieds. Il y a une réelle bénédiction à vivre
comme Jésus a vécu. Dieu est proche des gens qui lavent
les pieds des autres et mangent à table avec les pauvres, les
infirmes, les estropiés et les aveugles. Dieu veille sur eux,
les protège, leur donne une nouvelle force. Encore plus, Dieu
vit en eux. Ils deviennent comme Jésus. Ils ont « revêtu
le Christ » ( Galates 3, 27). Ils sont devenus des personnes
nouvelles (Colossiens 3 10; Éphésiens 4, 24). C'est là la
joie profonde et le signe de la présence de Dieu sur la terre.
Nous comprenons alors que les béatitudes sont
un don nouveau de dieu. Naturellement et humainement, on ne peut les
vivre. Elles paraissent même comme une absurdité selon
les normes purement humaines. Mais elles sont le fruit de la présence
de Dieu et placent les personnes dans une nouvelle relation avec Dieu.
Instaurer
avec chacun une communion d'amour
Jésus a eu ses propres pieds lavés par
les larmes d'une femme pécheresse(Luc 7, 36), puis plus tard
par le parfum précieux de Marie de Béthanie(Jean 12,
1-3). Il avait expérimenté, dans son être et dans
son cœur, combien ces gestes exprimaient l'amour. C'était des
gestes relationnels et il a dû en être profondément ému. À son
tour, il veut accomplir ce geste à l'égard de ses disciples
pour leur exprimer son amour. C'est pourquoi il dépose ses vêtements.
Par la parole communautaire, il avait rejoint l'ensemble du groupe,
mais par ce geste il rejoint chacun personnellement. Il a dû alors
regarder chacun dans les yeux, avec un amour particulier, l'appelant
par son nom. Dans cette intime rencontre cœur à cœur se glisse
aussi un adieu. Jésus sait que, le lendemain, il sera mis à mort.
C'est la dernière fois qu'il va toucher ses amis. Il a dû faire
ce geste maternel et affectueux très lentement, avec un émotion
et une tendresses particulières, avec cet amour de feu, de délicatesse
et d'humilité qui l'unit à son Père.
Peut-être peut-on dire que jésus, vulnérable
et aimant comme il l'est, a besoin de faire ce geste, non seulement
pour exprimer son amour, mais aussi pour exprimer la communion qu'il
vit avec son Père, et pour la vivre avec ses disciples.
Même si les disciples ne comprennent ce geste –-
les réticences initiales de Pierre en témoignent --,
le fait que chacun accepte d'avoir ses pieds lavés permet à l'amour
de Jésus de devenir communion, c'est-à-dire amour reçu
et partagé. Se déchausser devant quelqu'un n'est-ce pas
permettre, accueillir et vivre une certaine intimité avec lui?
N'est-ce pas la signification profonde des paroles de Dieu à Moïse : « Retire
les sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une
terre sainte » (Exode 3, 5)? Avec le Verbe fait chair, la
nouvelle terre sainte est le corps de Jésus. Avec le don de
l'amour et de l'Esprit-Saint, le corps humain lui-même devient
le nouveau temple de Dieu : une terre sainte. .
La manière dont Jésus a touché le
corps de ses disciples a dû leur faire comprendre (peut-être
seulement par la suite) l'aspect sacré de leur propre corps.
Ce corps est le lieu où le Père habite.
Dans ce geste, découvrir le sens et l'importance
des paroles de Paul : « Ne savez-vous pas que
votre corps est un temple du Saint Esprit, qui est en vous et que vous
tenez de Dieu? (…) Glorifiez donc Dieu dans votre corps » (1Corinthiens
6, 19-20).
CONCLUSION
Comment est-ce que Jésus veut que nous l'imitions?
Par ce geste du lavement des pieds, Jésus nous demande de le
suivre sur la voie de la petitesse, de la communion des cœurs, du pardon,
de la confiance et de la vulnérabilité, sans renoncer à d'autres
moments, à assumer le rôle de responsables, d'enseignants,
appelés à exercer une certaine autorité sur des
personnes et des groupes, avec force et justice, bonté et humilité.
Il nous demande de vivre toute la folie de l'Évangile :
d'aimer sans mesure, d'être compatissant, de ne pas juger, mais
de pardonner sans cesse, d'aller jusqu'à l'amour de l'ennemi.
Cela est impossible sans que nous déposions nos propres vêtements
et devenions pauvres et nus devant Dieu pour «revêtir
le Christ ».
Source de ce texte
Aimer jusqu'au bout (Le scandale du lavement
des pieds)
Jean Vanier
Novalis, 1996. Collection L,ARCHE.
Par Carol-André Allaire, Magog,octobre 2007. |