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Jacques Nieuviarts
L'entrée de Jésus à Jérusalem,
messie humble et rejeté
La ville de la plus grande joie et de la plus grande tristesse
Quelle joie plus grande au temps de Jésus, que de monter à Jérusalem
pour les grandes fêtes de pèlerinage, en particulier celle
de Pâques. Les foules qui entourent Jésus aux portes de
la ville partagent cette joie. Pour Jésus elle est mêlée
de gravité. En chemin, il a plusieurs fois annoncé à ses
disciples que Jérusalem est pour lui la ville de la Passion
et de sa mort sur une croix. Il a pleuré avec amertume aussi
sur la ville : « Jérusalem, Jérusalem, toi
qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés,
que de fois j'ai voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble
sa couvée sous ses ailes... et vous n'avez pas voulu !» (Lc
13, 34).
Au terme du parcours
L'évangéliste Jean parle de plusieurs montées
de Jésus à Jérusalem au cours de son ministère.
Et probablement est-il au plus près de la réalité en
disant cela. Les trois autres évangélistes, que l'on
désigne habituellement comme «synoptiques», parce
qu'ils sont très proches et que l'on peut les placer aisément
en regard, même s'ils comportent aussi de nombreuses différences,
ne mentionnent qu'une seule montée à Jérusalem.
Elle est... le terme du chemin entrepris par Jésus en Galilée
dès le début de sa prédication.
Ce qui se passe en effet à l'entrée de la ville est comme une
synthèse très forte des gestes et des paroles de Jésus
tout au long de sa vie : il se présente en messie humble, ami des pauvres
et des petits, proche aussi des pécheurs à qui il annonce la
tendresse et le pardon de Dieu. Mais ses paroles et ses actes manifestent une
liberté absolue, celle du Fils, lorsqu'il parle de Dieu comme de son
père et qu'en son nom il pardonne. Il a blasphémé disent
très vite les pharisiens et les grands prêtres, qui le rediront
lors de la Passion, ajoutant d'une seule voix qu'il mérite la mort.
Ce qui se joue à l'entrée à Jérusalem est essentiel.
Nous sommes au coeur de l'évangile.
Le Messie humble
Le messie qui entre dans la ville est un messie humble : il est assis
sur un ânon, incomparable avec les montures romaines. Déjà il
l'avait dit aux foules en peine : « Prenez sur vous mon joug,
devenez mes disciples, car je suis doux et humble de coeur » (Mt
11, 28-30). Ceux qui l'entourent à l'entrée dans la ville
de Dieu, ce sont les foules, les petits et les pauvres, qui le reconnaissent
et l'acclament. Or Matthieu plus que les autres, le montre : oui, c'est «le
Seigneur» qui vient. Du temple et de toute vie il attend la miséricorde
et non les sacrifices» (Os 6, 6 ; cité deux fois par Matthieu
: Mt 9, 13 ; 12, 7).
Grands prêtres et scribes veulent faire taire les foules. Mais Jésus
s'y oppose. Et Luc a même ici un mot terrible et fort : « Maître,
disent-ils, arrête tes disciples !» Mais il leur répond
: « Je vous le dis : s'ils se taisent, les pierres crieront » (Lc
19, 39). Et le lecteur lui-même, lisant ces lignes, est amené à se
prononcer lui aussi, sur le Messie humble.
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